Alors que le moustique tigre colonise désormais la quasi-totalité des départements français, Brive-la-Gaillarde (Corrèze) devient la première commune de l’Hexagone à expérimenter une méthode inédite en métropole : relâcher massivement des moustiques mâles stériles pour freiner la reproduction du redouté Aedes albopictus.
Une arme biologique contre un fléau sanitaire
Transmetteur potentiel de virus comme la dengue ou le chikungunya, le moustique tigre est devenu un enjeu de santé publique majeur. Face à l’inefficacité croissante des méthodes classiques (produits chimiques, pièges, traitement des eaux stagnantes), la ville de Brive a fait appel à Terratis, une société montpelliéraine spécialisée dans la stérilisation d’insectes.

Le principe est simple, mais redoutablement efficace : les mâles stérilisés par rayons X sont relâchés dans les quartiers les plus infestés. Lorsqu’une femelle – qui ne s’accouple qu’une fois dans sa vie – s’unit avec un de ces mâles, elle pond des œufs non viables. Résultat : pas de descendance, et donc une baisse progressive de la population.
Objectif : -90 % de moustiques d’ici deux ans
Chaque semaine jusqu’en octobre, 400 000 moustiques mâles seront lâchés dans une zone test d’une cinquantaine d’hectares. Au total, ce sont 10 millions de spécimens qui survoleront Brive cette saison. « Cette technique a fait ses preuves à La Réunion et dans d’autres pays », assure Clélia Oliva, fondatrice de Terratis. « On peut espérer une réduction de 60 % la première année, et jusqu’à 90 % la deuxième. »
Le coût du programme est évalué à 52 000 € pour cette première phase. « C’est un investissement ciblé, car traiter toute la ville serait budgétairement impossible », prévient le maire Frédéric Soulier.
Une lutte collective, et un changement de réflexes
Mais la mairie le rappelle : cette méthode ne remplace pas les actions classiques, comme le traitement des réseaux d’eaux pluviales et surtout l’élimination de l’eau stagnante dans les jardins et sur les balcons. C’est tout le sens du travail de la « brigade du tigre », une équipe municipale qui accompagne les habitants dans la lutte au quotidien.
« Il faut inspecter régulièrement les coupelles, les gouttières, les bassines oubliées dans le jardin », explique Marie Fielding, conseillère municipale déléguée à l’hygiène. « C’est comme se brosser les dents : ce n’est pas glamour, mais indispensable. » Car une seule femelle peut pondre jusqu’à 300 œufs, donnant naissance à des dizaines de milliers d’individus en quelques semaines si rien n’est fait.
Brive-la-Gaillarde espère que ce projet pilote ouvrira la voie à une stratégie de lutte plus écologique, ciblée et durable contre un fléau appelé à s’installer durablement dans tout le pays. La guerre contre le moustique tigre est loin d’être finie, mais la Corrèze pourrait bien marquer un tournant.