orthorexie et bigorexie, quels sont ces troubles de l'alimentation peut connus ?

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orthorexie et bigorexie, quels sont ces troubles de l’alimentation peut connus ?

Faire du sport régulièrement et bien manger sont deux piliers d’une bonne santé. Mais lorsqu’ils deviennent une quête absolue de perfection, ces comportements peuvent glisser vers des dérives préoccupantes. C’est là qu’interviennent deux troubles méconnus : la bigorexie et l’orthorexie. Tous deux relèvent de conduites obsessionnelles et peuvent nuire gravement à la santé physique, mentale et sociale.

Qu’est-ce que la bigorexie ?

La bigorexie, également appelée sportoolisme, est une addiction à l’exercice physique. Le sport, censé être une source d’équilibre, devient un besoin irrépressible, parfois plusieurs fois par jour. Les personnes concernées ne peuvent plus s’en passer : elles se sentent coupables, irritables ou anxieuses en cas d’interruption.

« La bigorexie est une addiction comportementale encore trop peu reconnue, alors qu’elle touche une part croissante des sportifs, notamment dans le milieu du fitness et de l’endurance », souligne le Dr Patrick Lemoine, psychiatre spécialiste du sommeil et des troubles de l’anxiété.

Les disciplines les plus touchées sont :

  • le culturisme, en raison de la recherche de perfection corporelle ;

  • les sports d’endurance extrême comme l’ultra-trail ou le triathlon.

Et l’orthorexie, c’est quoi exactement ?

Le mot orthorexie vient du grec orthos (correct) et orexis (appétit). Il désigne une obsession pour une alimentation jugée pure ou saine. À la différence de l’anorexie, le but n’est pas de perdre du poids, mais de manger parfaitement.

« L’orthorexique n’a pas peur de grossir, il a peur de manger quelque chose de mauvais », explique Steven Bratman, médecin américain à l’origine du terme en 1997 dans son ouvrage Health Food Junkies.

Ce trouble n’est pas encore reconnu officiellement dans les classifications médicales (comme le DSM-5), mais il est aujourd’hui pris au sérieux par les professionnels de la nutrition et de la santé mentale.

Comment reconnaître ces troubles ?

Les symptômes de la bigorexie :

  • entraînements fréquents et intenses, parfois en dépit de blessures ;

  • impossibilité de rater une séance sans stress intense ;

  • repli social, isolement, irritabilité ;

  • altération de la perception corporelle, quête d’un idéal musclé inatteignable.

Les signes de l’orthorexie :

  • passage de plusieurs heures par jour à planifier ou penser aux repas ;

  • élimination stricte de catégories entières d’aliments (gluten, lactose, sucre, etc.) ;

  • culpabilité extrême lors d’un écart perçu ;

  • isolement social lié à l’impossibilité de partager un repas ;

  • baisse de poids et carences nutritionnelles.

Orthorexie et bigorexie : deux troubles qui peuvent s’alimenter mutuellement

Ces deux troubles sont étroitement liés. L’orthorexique, dans sa quête de pureté alimentaire, adopte souvent une pratique sportive intense pour accompagner son régime. De même, le bigorexique va restreindre son alimentation pour améliorer ses performances ou sa silhouette. Ce glissement croisé renforce les troubles et complique leur prise en charge.

Pourquoi ces troubles apparaissent-ils ?

Les troubles tels que l’orthorexie et la bigorexie résultent d’un enchevêtrement de facteurs psychologiques, sociaux et culturels, qui interagissent de manière insidieuse. Ils s’inscrivent dans une volonté extrême de contrôle sur le corps, souvent alimentée par un perfectionnisme rigide et une difficulté à tolérer l’imperfection ou l’incertitude.

La pression sociale, notamment via les réseaux sociaux valorisant la performance physique et la “pureté” alimentaire, joue un rôle central dans le déclenchement de ces conduites obsessionnelles. Ces plateformes véhiculent des modèles corporels irréalistes, associés à des régimes stricts et à des pratiques sportives intensives, créant un terrain propice à la comparaison permanente.

À cela s’ajoute une peur disproportionnée de la maladie ou de l’ingestion d’aliments perçus comme toxiques, qui entraîne une hypervigilance alimentaire ou une pratique sportive compulsive. Ces comportements s’enracinent fréquemment dans un manque d’estime de soi, des antécédents de moqueries ou de rejet liés au corps, ou encore une histoire personnelle marquée par l’insécurité affective ou le trauma.

Dans ce contexte, l’alimentation ou le sport deviennent des refuges identitaires, une façon de retrouver une sensation de maîtrise dans un environnement perçu comme menaçant. Ce faux sentiment de contrôle engendre progressivement un isolement social, une souffrance psychique croissante, et parfois des carences physiques sévères. Reconnaître ces mécanismes permet de comprendre que derrière une hygiène de vie apparemment exemplaire peut se cacher une détresse réelle, nécessitant un accompagnement adapté.

Quels sont les risques pour la santé ?

Les conséquences des troubles comme l’orthorexie et la bigorexie peuvent être graves, durables et multiformes, affectant à la fois le corps et l’esprit.

Sur le plan physique, la bigorexie expose à des blessures chroniques, à une fatigue persistante, voire à des fractures de stress, particulièrement fréquentes chez les adeptes de sports d’endurance ou de musculation intensive.

De son côté, l’orthorexie peut entraîner des carences nutritionnelles sévères, de la dénutrition, une aménorrhée chez les femmes, ainsi que des troubles digestifs liés à des régimes excessivement restrictifs. Mais ces atteintes corporelles ne sont que la partie visible d’un trouble souvent plus profond.

Les répercussions psychologiques sont majeures : anxiété chronique, sentiment de culpabilité, voire état dépressif lorsque les règles auto-imposées ne sont pas respectées. La vie sociale en pâtit également, avec un isolement progressif, une perte de plaisir dans les interactions et dans les activités du quotidien, ainsi qu’une rigidité mentale qui empêche toute forme de flexibilité ou de spontanéité.

À terme, ces comportements peuvent enfermer l’individu dans un cercle vicieux où le contrôle devient un but en soi, au détriment de la santé globale et de l’équilibre psychique.

Quelle prise en charge est possible ?

Le traitement repose d’abord sur une prise de conscience, souvent difficile tant ces comportements sont valorisés socialement.

Les solutions thérapeutiques incluent :

  • un suivi psychologique ou psychiatrique, notamment en thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour déconstruire les croyances erronées ;

  • un accompagnement nutritionnel, pour restaurer un rapport apaisé à l’alimentation ou au sport ;

  • un rééquilibrage de la vie sociale et affective, essentiel pour sortir de l’isolement et se reconnecter à d’autres sources de plaisir.

« Manger sainement ne devrait jamais devenir une prison mentale, pas plus que bouger son corps ne doit devenir une punition », rappelle avec justesse la nutritionniste française Marie-Amélie Lambert.

Peut-on vraiment guérir de l’orthorexie ou de la bigorexie ?

Oui, mais le chemin est long. Ces troubles sont rarement pris au sérieux à leurs débuts. Souvent, la personne est même félicitée pour sa rigueur ou son mode de vie « exemplaire ».C’est lorsque l’équilibre de vie se brise (rupture sociale, fatigue extrême, burn-out, etc.) que le trouble peut être reconnu et traité.Une guérison est possible avec un accompagnement adapté, un cadre thérapeutique bienveillant et le soutien de l’entourage.

Ce qu’il faut retenir

  • L’orthorexie et la bigorexie sont des excès de comportements a priori sains.

  • Ils traduisent une obsession et une volonté de contrôle exacerbée.

  • Ces troubles restent insuffisamment connus et souvent minimisés.

  • Un diagnostic précoce et une prise en charge globale (psy, nutrition, social) permettent de retrouver une relation apaisée à soi-même.

Manger sain, faire du sport… oui. Mais avec équilibre, plaisir et liberté.

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