Une exposition qui ne connaît plus de frontières
Particules microscopiques issues de la dégradation des plastiques, les nanoplastiques (de l’ordre du milliardième de mètre) sont désormais présents partout : dans l’air, l’eau, les aliments… et dans notre sang. Leur capacité à franchir les barrières biologiques soulève de nombreuses inquiétudes pour la santé humaine, notamment celle des fœtus.
Parmi les organes les plus sensibles, le placenta joue un rôle clé : formé dès le début de la grossesse, il assure la nutrition et la protection immunitaire du bébé. Il sécrète aussi la b‑hCG, hormone indispensable à l’évolution de la grossesse. Mais ce bouclier naturel n’est pas imperméable. Des études menées dans plusieurs pays ont déjà détecté des traces de micro- et nanoplastiques dans les tissus placentaires.
Une étude inédite sur des cellules humaines fraîches
Pour dépasser les limites des recherches précédentes, souvent réalisées sur des lignées cellulaires artificielles, l’équipe de Zerrad-Saadi a innové : elle a utilisé des cellules de placenta humain fraîchement prélevées lors d’accouchements.
Exposées à des nanoparticules de polystyrène de tailles différentes (20 et 100 nanomètres), à des doses proches de celles retrouvées dans le sang humain (1 à 10 µg/mL), ces cellules ont montré plusieurs signes de souffrance : les plus petites particules ont été rapidement internalisées, stockées dans les phagolysosomes (petits compartiments de digestion intracellulaire), et ont généré une toxicité marquée dès les plus faibles doses.
Une fonction endocrine fragilisée
Mais au-delà des signes d’inflammation, le résultat le plus préoccupant concerne la baisse de la sécrétion de l’hormone b‑hCG. Cette hormone est cruciale dans les premières semaines de grossesse pour maintenir l’activité du corps jaune et préparer l’utérus à accueillir l’embryon.
“Nos travaux montrent un impact délétère des nanoplastiques sur la fonction endocrine du placenta. Cela pose la question : les nanoplastiques peuvent-ils être considérés comme des perturbateurs endocriniens ?”, s’inquiète Amal Zerrad-Saadi.
Vers une nouvelle génération d’études
La chercheuse entend désormais étendre ses investigations à d’autres types de nanoplastiques, tels que le polyéthylène ou le polyuréthane, et surtout à des expositions chroniques, plus proches de la réalité. Elle développera pour cela des cultures de fragments de placentas humains maintenus en laboratoire, afin d’observer les effets à long terme.
En parallèle, elle souhaite évaluer les taux de contamination réels des placentas humains et identifier d’éventuelles corrélations avec des pathologies de la grossesse : prématurité, retard de croissance, pré-éclampsie…
Une pollution plastique qui interroge nos choix de consommation
Au-delà du constat scientifique, cette étude relance la question de nos expositions quotidiennes. Biberons, emballages, bouteilles en plastique, cosmétiques, vêtements synthétiques : les sources sont multiples, et souvent invisibles.
“Nos résultats doivent inciter à repenser notre usage du plastique. Boire de l’eau en bouteille peut, par exemple, exposer davantage aux microplastiques que l’eau du robinet”, alerte la chercheuse.
À suivre de près
Alors que les perturbateurs endocriniens sont déjà au cœur des débats sanitaires, les nanoplastiques pourraient bien devenir les nouveaux suspects à surveiller de près, notamment pour la santé des femmes enceintes et des nourrissons. Une raison supplémentaire pour accélérer la réglementation, mais aussi pour mieux informer le grand public sur les gestes du quotidien qui peuvent limiter leur exposition.
Source :
L. Poinsignon et coll., Exposure of the human placental primary cells to nanoplastics induces cytotoxic effects, an inflammatory response and endocrine disruption. Journal of Hazardous Materials, 26 fév. 2025 – DOI :