Ados et sexualité : ce que révèle une enquête sur plus de 20 000 collégiennes fait très peur

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Ados et sexualité : ce que révèle une enquête sur plus de 20 000 collégiennes fait très peur

Ils prennent leur temps, parlent plus librement de leurs désirs, mais restent parfois mal protégés : la sexualité des adolescents évolue. Moins de rapports précoces, plus d’ouverture à la diversité des orientations, mais aussi un recul de l’usage du préservatif et une exposition croissante aux cyberviolences… Les dernières enquêtes nationales dressent un portrait nuancé des pratiques et des vulnérabilités chez les jeunes. En toile de fond : l’urgence de renforcer l’éducation à la vie affective et sexuelle, dès le collège.
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Une entrée dans la sexualité plus tardive

Contrairement à certains discours alarmistes, les jeunes ne commencent pas leur vie sexuelle plus tôt – bien au contraire. Selon l’enquête EnCLASS 2022, menée auprès de plus de 10 000 collégiens et lycéens, la proportion d’adolescents ayant déjà eu un rapport sexuel a nettement reculé, notamment au collège où le chiffre a été divisé par deux entre 2010 et 2022.

« L’entrée dans une sexualité active est désormais plus tardive, ce que confirme aussi l’enquête CSF-2023 », souligne Emmanuelle Godeau, enseignante-chercheuse en santé publique à Rennes.

Autre évolution notable : l’augmentation du nombre de jeunes qui se disent attirés par le même sexe ou par les deux sexes. Chez les collégiens, le pourcentage de garçons déclarant des sentiments amoureux pour une personne du même sexe est passé de 1,6 % en 2018 à 3,9 % en 2022 ; chez les filles, de 4,1 % à 9,4 %. Cette évolution semble traduire une plus grande liberté de parole, et une société plus tolérante vis-à-vis de l’expression des orientations sexuelles.

Des rapports pas toujours bien protégés

Mais cette évolution des mentalités ne s’accompagne pas toujours d’un bon usage des outils de prévention. En matière de contraception, la désaffection pour la pilule perdure chez les adolescentes, au profit du préservatif, du stérilet ou d’autres méthodes. Cependant, la contraception d’urgence est en nette hausse, et plus de la moitié des femmes de moins de 30 ans ayant eu une grossesse récente ne la souhaitaient pas.

L’usage du préservatif régresse légèrement, en particulier au collège, et reste faible lors d’un premier rapport avec un nouveau partenaire, selon l’enquête CSF-2023. Une situation préoccupante dans un contexte de hausse des infections sexuellement transmissibles (IST).

« Ce n’est pas satisfaisant, mais la baisse est moins marquée qu’ailleurs en Europe », tempère Emmanuelle Godeau.

Les violences sexuelles, mieux identifiées mais toujours nombreuses

La sexualité des jeunes s’accompagne aussi de risques non sanitaires : les violences sexuelles restent une réalité trop fréquente. L’étude pilote Vavisa, menée auprès de jeunes vulnérables de 15 à 21 ans (souvent suivis par l’Aide sociale à l’enfance), est édifiante :

  • 1 jeune sur 3 déclare avoir déjà eu un rapport sexuel sans en avoir envie
  • Les filles sont quatre fois plus concernées que les garçons
  • 80 % des victimes connaissaient leur agresseur
  • 20 % n’en ont jamais parlé

« Même s’il s’agit d’une population à risque, ces données restent cohérentes avec d’autres études plus larges », précise Fabienne El Khoury, épidémiologiste à l’Inserm.

Cyberviolences et sexualité numérique : une zone grise

La sexualité numérique – via les applications de rencontre, les échanges de sextos ou la consommation de pornographie – fait désormais partie du quotidien des moins de 30 ans. Mais cette dimension s’accompagne de violences spécifiques, souvent sous-estimées.

D’après Vavisa :

  • 1 jeune sur 4 a été victime de cyberviolences (insultes, chantage, moqueries à caractère sexuel)
  • Plus d’un tiers de ces cas sont récurrents
  • 70 % des jeunes ont déjà visionné de la pornographie
  • Plus de 50 % ont reçu une image sexuelle sans l’avoir sollicitée

Conséquence directe : une altération marquée de la santé mentale chez les victimes. Ce risque est accru chez les adolescents attirés par les deux sexes ou le même sexe, qui cumulent discriminations, harcèlement et comportements à risque.

L’éducation à la sexualité comme levier de prévention

Face à ces constats, les chercheuses insistent : l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle est essentielle.

« Les programmes déployés dans les établissements scolaires ont fait leurs preuves : ils favorisent le respect, l’égalité, et développent l’esprit critique face aux normes sociales ou à la pornographie », rappelle Emmanuelle Godeau.

Encore faut-il qu’ils soient mis en œuvre de façon pérenne, cohérente, et adaptée aux réalités des jeunes.

« Ce programme doit s’inscrire dans la durée, car les changements profonds prennent du temps », conclut Fabienne El Khoury.

Sources :

  • Enquête Contexte de la sexualité en France (CSF-2023)
  • Enquête EnCLASS 2022
  • Étude Vavisa, Inserm

Autrice : F.D.M.
Experts :

  • Nathalie Bajos, sociologue Inserm (IRIS, Paris)
  • Emmanuelle Godeau, EHESP (Toulouse)
  • Fabienne El Khoury, Inserm Sorbonne (Paris)

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