Bigorexie : quel est cette addiction qui touche de plus en plus de sportif ?

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Bigorexie : quel est cette addiction qui touche de plus en plus de sportif ?

L’obsession de l’exercice physique prend une tournure inquiétante chez les plus jeunes. En plein essor depuis quelques années, la bigorexie, ou dépendance à l’activité physique, touche de plus en plus d’adolescents — et les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette dérive silencieuse.

Qu’est-ce que la bigorexie ?

La bigorexie, également appelée « dépendance à l’exercice physique », est un trouble du comportement caractérisé par un besoin impérieux et compulsif de pratiquer une ou plusieurs activités sportives. Reconnu par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2011, ce trouble touche majoritairement les adultes jeunes, sportifs amateurs ou professionnels, mais peut concerner tous les publics.

Contrairement à la motivation ou à la discipline, la bigorexie se distingue par l’impossibilité de s’arrêter, même en cas de blessure, de fatigue ou de contre-indications médicales. Elle est souvent accompagnée de sentiments de culpabilité, d’anxiété ou d’irritabilité en cas d’empêchement à s’entraîner.

Quels sont Les signes d’une addiction au sport ?

Certains comportements doivent alerter :

  • le sport devient une priorité absolue, au détriment de la vie sociale, professionnelle ou familiale ;
  • la fréquence des entraînements augmente de manière excessive ;
  • l’annulation d’une séance entraîne un mal-être profond ;
  • la personne continue à s’entraîner malgré les douleurs, les maladies ou les blessures ;
  • la pratique sportive sert à compenser des apports caloriques ou des émotions négatives.

Dans bien des cas, la bigorexie est associée à d’autres troubles psychologiques, notamment les troubles du comportement alimentaire (TCA) ou les troubles anxieux.

Une souffrance masquée par une norme sociale valorisante

Ce qui rend la bigorexie si difficile à identifier, c’est qu’elle s’inscrit dans une norme sociale valorisante. Une personne qui fait du sport tous les jours, qui surveille son poids et qui repousse ses limites est souvent admirée. Pourtant, cette survalorisation du corps « en forme » ou « maîtrisé » peut masquer un véritable mal-être.

Le confinement lié à la crise du Covid-19 a accentué ce phénomène : privés de repères, de relations sociales et confrontés à une avalanche de contenus fitness sur les réseaux sociaux, de nombreux jeunes ont développé des rapports troublés à leur corps et à la nourriture.

Quand le sport devient une obsession

À première vue, faire du sport régulièrement semble être une habitude saine. Mais lorsque l’activité physique devient compulsive, qu’elle empiète sur la vie sociale, scolaire et la santé mentale, on parle de bigorexie. Ce trouble, encore peu connu, se caractérise par un besoin irrépressible et quotidien de faire du sport, souvent au détriment du repos, de la nutrition ou des relations sociales.

Chez les adolescents, ce comportement peut passer inaperçu, tant il est valorisé : un corps musclé, un mode de vie « fit », une routine d’entraînement stricte. Sauf que sous l’apparence d’une bonne hygiène de vie, se cache parfois une souffrance profonde, un besoin de contrôle du corps, une peur panique de grossir ou de « perdre du muscle ».

Les réseaux sociaux, accélérateurs du phénomène

Instagram, TikTok, YouTube… Ces plateformes regorgent de contenus « body positive » en apparence, mais souvent truffés d’injonctions à la performance physique. Des ados passent des heures à scroller des vidéos de sportifs ultra-fit, de « transformation physique », de « what I eat in a day » (souvent hyper restrictifs), ou de challenges sportifs extrêmes.

Les algorithmes favorisent la répétition de ces contenus et les jeunes utilisateurs, encore en construction identitaire, adoptent des routines inadaptées à leur âge, calquées sur des influenceurs ou influenceuses aux corps retouchés et à l’hygiène de vie irréaliste.

Des conséquences physiques et psychiques graves

La bigorexie peut entraîner des blessures à répétition, une grande fatigue, des troubles du sommeil ou de l’alimentation. Mais ses répercussions psychologiques sont tout aussi préoccupantes : anxiété, isolement, culpabilité en cas de pause, estime de soi entièrement conditionnée par l’apparence.

Pire encore, certains jeunes couplent cette suractivité physique avec des régimes drastiques ou des compléments non contrôlés, dans une logique de performance ou de perte de poids rapide. Le terrain est glissant, et le risque de basculer vers des troubles du comportement alimentaire (TCA) est réel.

Comment éviter la bigorexie chez les ados ? le rôle essentiel des adultes

Parents, éducateurs, professionnels de santé : tous doivent être attentifs à certains signaux. Un adolescent qui fait du sport tous les jours sans repos, qui devient irritable à l’idée de rater une séance, qui refuse de manger certains aliments ou se met à l’écart socialement, mérite d’être écouté.

Le but n’est pas de diaboliser l’activité physique, mais de réintroduire la notion de plaisir, de diversité, et d’équilibre. Un accompagnement psychologique ou nutritionnel peut être nécessaire pour rompre avec la spirale de la performance à tout prix.

Un trouble en lien avec les TCA

La bigorexie est souvent imbriquée avec d’autres troubles, notamment l’anorexie mentale, la boulimie, ou l’hyperphagie boulimique. Chez certains patients, le sport devient un moyen de contrôler ou de compenser les apports alimentaires. Chez d’autres, il s’agit de réduire l’anxiété, d’éviter des situations sociales ou de maintenir une image corporelle perçue comme idéale.

« J’avais déplacé mon anorexie vers une addiction au fitness. Je ne pouvais plus manquer une séance, même malade ou fatiguée. »

Ce témoignage illustre bien le passage d’un trouble à un autre, dans une dynamique de contrôle corporel et d’auto-exigence permanente.

Prise en charge : retrouver un rapport sain au corps

La prise en charge de la bigorexie repose sur un accompagnement pluridisciplinaire. Psychologues, psychiatres, diététiciens et médecins du sport peuvent aider la personne à :

  • identifier les motivations profondes de sa pratique sportive ;
  • travailler sur l’image corporelle et l’estime de soi ;
  • restaurer un rapport séréné à l’alimentation ;
  • réguler les émotions sans passer par le corps.

Des thérapies comportementales et cognitives (TCC), associées à des exercices d’auto-observation, sont souvent proposées pour aider la personne à reprendre le contrôle de sa pratique sportive.

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