Le glycogène, carburant secret des tumeurs pulmonaires
Publié dans Nature Metabolism en mars 2025, l’étude révèle que le glycogène s’accumule en quantités importantes dans les tissus cancéreux des patients atteints d’adénocarcinome pulmonaire, un type de cancer qui représente près de 40 % des cas dans le monde. Or, ce glycogène n’est autre qu’une réserve d’énergie issue des glucides présents dans notre alimentation.
« Ces cellules tumorales utilisent littéralement le glycogène comme carburant pour accélérer leur croissance », explique le Pr Ramon Sun, biologiste moléculaire à l’Université de Floride.
Les chercheurs ont utilisé une technologie de pointe appelée métabolomique spatiale, qui permet de cartographier les molécules dans les tissus malades avec une précision inédite. Résultat : plus le taux de glycogène est élevé, plus la tumeur se développe rapidement.
Le régime occidental directement mis en cause
Pour confirmer leur hypothèse, les scientifiques ont mené des expériences sur des souris nourries avec un régime riche en graisses et en sucres, typique du mode de vie occidental. Résultat : des tumeurs pulmonaires beaucoup plus agressives et volumineuses que chez les rongeurs soumis à un régime équilibré.
Voici les principaux aliments à l’origine de cette surproduction de glycogène :
- les produits à base de farine blanche (pain, pâtes industrielles, pâtisseries) ;
- les boissons sucrées (sodas, jus industriels) ;
- les aliments transformés riches en sucres cachés ;
- les féculents consommés en excès, sans activité physique suffisante.
L’accumulation chronique de glycogène – surtout en contexte de sédentarité – crée ainsi un terrain favorable pour les cellules tumorales. En clair, même sans tabac, notre alimentation pourrait contribuer à l’apparition du cancer du poumon.
Une révolution dans la prévention du cancer pulmonaire ?
Jusqu’ici, le cancer du poumon n’était pas considéré comme une maladie liée à la nutrition, contrairement à d’autres comme ceux du foie ou du côlon. Mais cette étude pourrait tout changer. Le Dr Sun plaide désormais pour une prévention nutritionnelle à part entière, au même titre que les campagnes anti-tabac.
« Nous devons faire comprendre que certains régimes alimentaires ne sont pas neutres. Ils peuvent littéralement nourrir la maladie », affirme-t-il.
À terme, le glycogène pourrait même devenir un biomarqueur, capable d’alerter précocement sur les risques de développement d’un cancer, voire d’orienter des stratégies thérapeutiques personnalisées.
Limites de l’étude et perspectives
L’étude a surtout porté sur l’adénocarcinome, et non sur les autres types de cancer du poumon comme le carcinome épidermoïde. Des recherches cliniques sur l’humain sont donc nécessaires pour valider le rôle du glycogène dans l’ensemble des cancers pulmonaires.
Mais le message est déjà clair : une alimentation riche en sucres rapides et en produits transformés pourrait favoriser l’initiation et la progression de certains cancers, y compris ceux du poumon. Loin d’être anodins, nos choix alimentaires pourraient bien influencer notre risque de développer des pathologies que l’on croyait réservées aux fumeurs.