Sport et troubles alimentaires : quand le corps devient une prison

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Sport et troubles alimentaires : quand le corps devient une prison

Pratiquer une activité physique est souvent présenté comme une solution miracle pour améliorer sa santé. Pourtant, chez certaines personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire (TCA), le sport peut devenir un facteur aggravant, voire un déclencheur. Anorexie, boulimie, bigorexie : le lien entre activité physique et santé mentale est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Pourquoi le sport peut aggraver un trouble alimentaire ?

S’il est vrai que le sport permet de se reconnecter à son corps, de réduire le stress ou d’accompagner une thérapie, il peut aussi devenir une méthode de compensation nocive. Certains patients pratiquent une activité physique intense pour « brûler » des calories et limiter la prise de poids, un comportement qui, loin de les soigner, entretient leur trouble.

« Si on court pour se détendre, c’est sain. Mais si on court pour effacer une assiette de spaghettis avec culpabilité, on est face à une pratique troublée », résume Céline Durand, diététicienne comportementaliste.

Ce rapport pathologique au sport est souvent encouragé par une société qui valorise la discipline, la minceur et la performance, au point de banaliser des pratiques à risque.

Une activité bénéfique… si elle est encadrée

Bonne nouvelle : le sport peut être un allié dans la prise en charge des TCA, à condition d’être intégré dans un cadre thérapeutique sécurisé. Dans certains centres comme l’espace Barbara à Nantes, des patients participent à des ateliers de marche, de danse ou de boxe, encadrés par des professionnels de santé.

« Ce sont des moyens de se reconnecter à son corps et d’en reprendre conscience », explique le Dr Bruno Rocher, psychiatre et addictologue.

Dans ce contexte, l’objectif n’est pas de brûler des calories, mais de reconstruire un rapport sain au corps et au mouvement.

Le piège invisible de la bigorexie

La frontière est parfois mince entre sport santé et addiction au sport, ou bigorexie. Cette forme de dépendance, encore peu reconnue, touche des personnes qui se sentent obligées de faire du sport chaque jour, au détriment de leur santé, de leur vie sociale ou même de leur intégrité physique.

« Je suis allée à la salle même avec de la fièvre, même en repoussant mes amis. Il a fallu une blessure sévère pour que je réalise », confie Angèle, 35 ans.

La bigorexie s’installe insidieusement : le sport apaise l’angoisse, puis devient indispensable. Un mécanisme qui masque le trouble sans le résoudre.

Le sport peut-il déclencher un TCA ?

Oui. Dans certains sports (danse, natation, judo, aviron…), la pression sur le poids et l’apparence physique est énorme. Régime avant compétition, pèse-personnes omniprésents, jugements sur le corps : autant de facteurs pouvant précipiter des jeunes vers des comportements restrictifs.

Mais ce phénomène ne touche pas que les sportifs professionnels. Le confinement a été un tournant pour beaucoup de jeunes femmes. À force de vidéos de fitness, de challenges en ligne et d’obsession pour le “corps parfait”, le besoin de bouger est devenu un besoin de contrôle. Et la spirale restrictive s’est installée.

« Elles ont commencé à faire du sport tous les jours chez elles, puis à restreindre leur alimentation pour maîtriser leur poids. C’est comme ça que certains TCA sont nés », rapporte le Dr Rocher.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Quelques signes peuvent alerter :

  • impossibilité de rater une séance de sport

  • anxiété ou culpabilité en cas d’arrêt

  • pratique malgré une maladie ou une blessure

  • vie sociale réduite à cause du sport

  • sport systématiquement lié à la nourriture consommée

Dans ces cas-là, un accompagnement psychologique est essentiel. Grâce à des exercices d’auto-observation, les patients peuvent reprendre le contrôle de leur pratique sportive… et de leur santé.

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