Imaginez un proche reçu en consultation, où le médecin annonce un cancer du pancréas détecté à un stade avancé. Les mots « pronostic réservé » résonnent, car cette maladie touche près de 16 000 personnes par an en France, avec une mortalité élevée due à un diagnostic tardif. Une équipe espagnole du CNIO apporte aujourd’hui un espoir concret, en éliminant complètement des tumeurs chez des modèles animaux.
Pourquoi le cancer du pancréas reste si redoutable
Cette forme de cancer se développe souvent en silence dans l’organe digestif, favorisant une propagation rapide. Les thérapies actuelles, comme la chimiothérapie, perdent vite leur efficacité face à la résistance tumorale, due en partie à une enveloppe fibreuse protégeant les cellules malignes. Le taux de survie à cinq ans avoisine les 13 % globalement en 2026, grimpant à 44 % si localisé, mais tombant à 3 % en cas de métastases. Cette amélioration progressive, de 7 % à 13 % en dix ans, reste insuffisante face à la hausse de l’incidence mondiale.
Une stratégie à trois volets pour contrer la tumeur
Menée par le Pr Mariano Barbacid au Centre national espagnol de recherches sur le cancer (CNIO), l’étude publiée fin 2025 dans PNAS teste une trithérapie ciblée sur des souris porteuses de l’adénocarcinome canalaire pancréatique, le type le plus fréquent. Elle combine :
- Daraxonrasib (RMC-6236), un inhibiteur expérimental du gène KRAS, muté dans près de 90 % des cas et principal moteur de la prolifération cellulaire ;
- Afatinib, un médicament approuvé contre certains cancers du poumon, qui bloque les signaux de croissance compensatoires via EGFR/HER2 ;
- SD36, un dégradeur de protéines (PROTAC) sélectif pour STAT3, une voie alternative essentielle à la survie tumorale.
Cette approche attaque simultanément plusieurs nœuds de la voie de signalisation KRAS, empêchant toute évasion résistante. Chez les rongeurs, les tumeurs ont régressé durablement, sans rechute après plus de 200 jours et sans toxicité notable, y compris sur des xénogreffes de tumeurs humaines.
Vers des applications cliniques ?
« Nous ne sommes pas encore en mesure de mener des essais cliniques avec une trithérapie », tempére le Pr Barbacid. Bien que prometteuse, cette découverte sur modèles animaux nécessite des optimisations pour l’humain, où les réponses peuvent différer. Elle s’inscrit dans un contexte de progrès, comme les inhibiteurs KRAS testés cliniquement ou d’autres combos en évaluation en 2025-2026. Les patients et leurs proches gagnent un motif d’optimisme : la recherche affine ses armes contre ce fléau silencieux, potentiellement améliorant les chances de survie à moyen terme.