Alors que le gouvernement promet de lutter contre la désinformation en santé, les mutuelles prennent en charge des pratiques non prouvées pour près d’un milliard d’euros par an. Des professionnels de santé dénoncent un scandale silencieux et une dérive coûteuse, injuste, et dangereuse pour les patients.
Une Sécurité sociale à bout de souffle… qui finance les illusions
Depuis 2016, les employeurs du privé doivent proposer une complémentaire santé à leurs salariés. L’État a généralisé cette obligation à ses fonctionnaires en 2020. Résultat : 96 % des Français sont couverts, mais à quel prix ? Car derrière cette solidarité apparente se cache une explosion de dépenses, dont une part croissante est absorbée par… des pratiques non validées scientifiquement.
Le dernier exemple en date, qui met le feu aux poudres : le contrat signé entre l’Éducation nationale, la MGEN et CNP Assurances. À partir de 2026, il obligera tous les agents de l’Éducation nationale à cotiser pour un panier de soins incluant homéopathie, ostéopathie, acupuncture, naturopathie, sophrologie ou encore chiropraxie.
Pour le collectif de soignants No FakeMed, soutenu par des experts reconnus comme Agnès Buzyn, Edzard Ernst ou André Grimaldi, c’est une trahison pure et simple de la médecine fondée sur les preuves. Et une insulte à l’intelligence collective, alors que le système de soins souffre d’un sous-financement chronique.
Un milliard d’euros pour du vent, pendant que les soins utiles restent mal remboursés
Le Sénat a tiré la sonnette d’alarme dès septembre 2024 : en huit ans, les dépenses liées aux médecines dites « douces » ont été multipliées par cinq, atteignant près d’un milliard d’euros en 2023. Et ce chiffre n’inclut même pas les cures thermales, également très peu encadrées scientifiquement.
Le paradoxe est glaçant : la psychothérapie, le sport sur ordonnance ou l’accompagnement nutritionnel, dont les effets positifs sont prouvés, sont rarement ou mal remboursés. À l’inverse, des pratiques comme l’homéopathie, jugée inefficace par l’Académie de Médecine et déremboursée en 2021 par la Sécu… continuent d’être financées par les mutuelles, aux frais des assurés.
“Ce que les patients ignorent, c’est qu’en remboursant, on légitime”, martèle un médecin généraliste signataire. Résultat : de nombreux patients croient à tort être bien pris en charge, retardant parfois des traitements éprouvés, notamment chez les personnes âgées ou les enfants, les plus vulnérables aux promesses séduisantes.
Des médecins trahis, des patients trompés, et une urgence politique
Pendant que le gouvernement de François Bayrou promet une politique publique contre la désinformation en santé, la réalité est plus amère : les pratiques non éprouvées sont promues via leur remboursement, brouillant dangereusement les repères du grand public.
Le Ministère de la Santé lui-même reconnaît que ces approches n’ont “pas fait l’objet d’études scientifiques ou cliniques démontrant leur efficacité ou leur innocuité”. De son côté, la Miviludes, qui traque les dérives sectaires, s’inquiète depuis plusieurs années du glissement progressif entre médecine douce et emprise mentale.
La Fondation Descartes le confirme : plus on adhère aux pseudothérapies, plus on est perméable aux discours complotistes et ésotériques. Bref, le remboursement de ces soins ne fait pas que gaspiller de l’argent public : il crée les conditions d’une défiance généralisée envers la science.
Le collectif No FakeMed propose des pistes concrètes :
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réserver le remboursement collectif aux soins validés par la recherche scientifique ;
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proposer un panier de soins bien-être optionnel, financé à titre personnel ;
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encadrer la communication des mutuelles sur ces pratiques pour éviter la confusion.
Car les questions sanitaires sont collectives, et la santé publique n’a pas à financer les croyances personnelles. Dans un système à bout de souffle, chaque euro doit aller à ce qui soigne vraiment.
Source : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/non-au-remboursement-des-pseudotherapies-lappel-de-soignants-pour-une-sante-fondee-sur-les-preuves-7GAQGJF72VCOTFUZVPRJHXJZSI/
Pour aller plus loin cette vidéo sur la mèdecine douce :