Et si les abeilles détenaient la clé d’un nouveau traitement contre l’acné ? À Marseille, une équipe de chercheurs Inserm a mis en évidence les propriétés antibactériennes de la propolis rwandaise contre Cutibacterium acnes, la bactérie responsable des boutons. Une avancée prometteuse dans un contexte de forte résistance aux antibiotiques classiques.
Une substance précieuse issue des ruches
La propolis est un mélange complexe produit par les abeilles à partir de résines végétales. Elles s’en servent pour colmater leur ruche et créer une barrière naturelle contre les microbes. Depuis longtemps reconnue pour ses vertus antiseptiques et cicatrisantes, elle intéresse aujourd’hui de plus en plus les chercheurs pour ses applications médicales.
Une piste antibactérienne explorée à Marseille
L’équipe du chercheur Jean-Michel Brunel à l’Inserm de Marseille a mené deux études récentes sur des échantillons de propolis récoltés dans deux forêts primaires du Rwanda. Leur objectif : trouver de nouvelles molécules capables de lutter contre C. acnes, la bactérie à l’origine des inflammations cutanées liées à l’acné.
Résultat : deux substances actives différentes ont été identifiées, chacune spécifique à l’un des sites. L’une contient un dérivé phénolique appelé 2,4‑Di-tert-butylphénol (2,4‑DTBP), l’autre un acide gras, l’acide linoléique. Testées in vitro et sur des modèles murins, ces molécules ont permis de réduire significativement les lésions d’acné et l’inflammation cutanée.
Une efficacité observée chez l’humain
Avec l’accord d’un dermatologue partenaire, les chercheurs ont également mené des tests cliniques préliminaires sur des patients volontaires. Une crème à base de propolis a été appliquée sur les zones atteintes. Les résultats sont encourageants : une réduction visible de l’acné en seulement quelques jours, sans effets indésirables rapportés. Une preuve de concept qui ouvre la voie à des développements pharmaceutiques.
Pourquoi l’acné a besoin de nouveaux traitements
80 % des adolescents et de nombreux adultes sont touchés par l’acné. Si les antibiotiques restent un traitement courant, les résistances sont en forte hausse, avec jusqu’à 92 % de cas d’inefficacité recensés dans certains pays européens. De nouvelles options thérapeutiques sont donc urgemment recherchées.
La propolis, en plus de son effet antibactérien ciblé, possède des propriétés anti-inflammatoires naturelles. Elle pourrait donc constituer une alternative ou un complément aux traitements existants, à condition de passer par des essais cliniques rigoureux.
Et maintenant ? La recherche continue
Jean-Michel Brunel poursuit ses travaux en élargissant l’étude à d’autres propolis, notamment françaises. Objectif : tester leur activité contre C. acnes, mais aussi contre d’autres germes responsables d’infections cutanées, dentaires ou ORL. L’idée serait ensuite de développer des crèmes, sprays ou gels désinfectants naturels, adaptés aux problématiques de peau.
L’acné, un excès de sébum… et de bactéries
L’acné débute souvent par une surproduction de sébum, cette substance grasse produite par les glandes sous-cutanées. En bouchant les pores, ce sébum crée un environnement propice à la prolifération de C. acnes. Résultat : inflammation, boutons, comédons, voire kystes dans les formes sévères. Le rôle des bactéries dans ce processus fait de l’acné une cible idéale pour des traitements à base de propolis.
Vers une cosmétique plus naturelle ?
La découverte de ces molécules actives venues de la ruche pourrait intéresser les laboratoires de dermocosmétique à la recherche d’ingrédients naturels et efficaces. Encore faut-il démontrer l’innocuité à long terme et l’efficacité sur un grand nombre de patients.
Mais une chose est sûre : la ruche n’a pas livré tous ses secrets. Et la propolis rwandaise pourrait bien devenir un allié inattendu pour les peaux à problèmes.
Sources :
F. Rouvier et al., Antibiotics, 13 nov. 2024 – DOI : 10.3390/antibiotics13111080
F. Rouvier et al., Curr Issues Mol Biol, 27 fév. 2025 – DOI : 10.3390/cimb47030162
Jean-Michel Brunel, Unité Inserm 1261, Aix-Marseille Université.