L’absence d’orgasme : une histoire de méconnaissance du corps féminin
Pourquoi tant de femmes n’ont-elles jamais d’orgasmes ? En 2025, la question reste (malheureusement) d’actualité et elle concerne bien plus de femmes que ce que l’on croit. L’absence d’orgasme est un sujet entouré de silence, de tabou et de culpabilité. Nombreuses sont celles qui se comparent, s’interrogent, se jugent. Elles pensent être « les seules » à ne pas y parvenir. Elles se demandent si leur corps fonctionne « mal », si elles sont « normales », si leur sexualité est « ratée ». Retirez-vous cela de la tête : ce n’est pas de votre faute !
Mais les causes sont multiples : manque d’éducation sexuelle, méconnaissance totale du clitoris, pression du porno et de la société, charge mentale, biais psychologiques, croyances culturelles, fausses idées sur l’orgasme vaginal… Des raisons qui se sont enracinées dans le temps.
Pour Valérie Tasso, écrivaine, sexologue et ambassadrice de LELO en Espagne, la cause principale est claire : une profonde méconnaissance du corps féminin. Pendant des siècles, la sexualité des femmes a été niée, ignorée ou simplifiée. Elle rappelle d’ailleurs une vérité capitale : « C’est normal de ne pas avoir d’orgasmes vaginaux : ils n’existent pas ! ». Le vagin contient très peu de terminaisons nerveuses, sauf à l’entrée. Si certaines parviennent à jouir avec une pénétration, c’est grâce à une « stimulation interne du clitoris ».
« On savait parfaitement comment était fait le pénis, mais on ne s’était jamais préoccupé du clitoris, c’est scandaleux ! »
Cette ignorance scientifique nourrit encore les mythes, et beaucoup de femmes de 30, 40 ou 50 ans ne connaissent pas leur anatomie. La méconnaissance bloque l’exploration, l’anticipation du plaisir… et donc l’orgasme. Un sujet connexe encore trop méconnu est les douleurs menstruelles chroniques et la dépression, qui jouent aussi un rôle sur la perception corporelle.
Le poids des injonctions, du corps et du porno sur le plaisir féminin
La société impose de nombreuses normes aux femmes qui empêchent leur accès au plaisir. Même en 2025, les injonctions restent fortes : avoir un « beau corps », rester désirable, performer, donner du plaisir avant d’en recevoir. Pour Valérie Tasso, ce poids est déterminant. Elle rappelle que l’orgasme exige un abandon total. Mais comment se laisser aller quand on surveille son ventre, ses cuisses, sa peau, son apparence ?
L’impact du porno mainstream n’aide pas non plus : corps irréels, pratiques scénarisées, violences banalisées. « Les orgasmes y sont totalement simulés », rappelle la spécialiste. « Cela crée de l’auto-jugement qui boycotte la relation intime ».
S’ajoute l’absence d’éducation sexuelle. Sans connaissance de son clitoris et de son corps en général, et de l’importance de ses propres désirs, il est difficile de jouir. Une société valorisant la performance et le plaisir de l’autre avant le sien empêche les femmes d’avoir un orgasme ! Soulignons que se reconnecter à soi-même peut aussi avoir des effets positifs inattendus, comme l’illustrent les bienfaits de la musique sur le vieillissement cérébral.
Les blocages psychologiques : la peur de perdre le contrôle (et de jouir)
Au-delà du corps, les raisons psychologiques jouent un rôle majeur. Pour Valérie Tasso, l’orgasme n’est pas atteignable sans lâcher prise totalement. « C’est une véritable perte de contrôle ». En 2025, cette perte de contrôle reste difficile pour les femmes, enfermées dans l’image de la « super woman ». Elles doivent être performantes, efficaces, solides, présentes partout, perpétuant la fameuse charge mentale.
Historiquement, « on est avant tout une femme productive, on n’est pas une femme sexuelle », explique la sexologue. D’où l’étiquette de la « femme frigide ». À l’inverse, le porno a créé une image de femme hyper sexuelle, toujours disponible. « Mais c’est du marketing ». Entre ces extrêmes, les femmes se retrouvent piégées, perdues.
Beaucoup sont dans un combat intérieur : « Je veux un orgasme mais je ne me le permets pas. » L’orgasme demande un abandon total de soi. Bref, c’est un cercle vicieux ! Un lâcher-prise que certaines personnes atteignent aussi en apprenant à reconnecter leur corps à leur sommeil via le microbiote intestinal.
Masturbation et connaissance de soi : des clés incontournables de l’orgasme
Selon Valérie Tasso, un moyen essentiel pour atteindre l’orgasme est la masturbation. « On nous a toujours fait croire que la masturbation était très masculine ». Résultat : beaucoup de femmes n’osent toujours pas. Pourtant, l’auto-exploration est le chemin le plus direct vers la jouissance : « Les femmes qui arrivent à l’orgasme y parviennent la première fois en se masturbant, pas avec un partenaire ».
L’arrivée des sextoys a joué un rôle crucial. « Les stimulateurs clitoridiens ont permis à de nombreuses femmes de comprendre leur corps ». L’exploration ne se limite pas aux parties génitales. Elle conseille de toucher sa peau, ses zones sensibles, pour découvrir ce qui déclenche des sensations.
« C’est hyper important pour la santé sexuelle de se regarder. »
Regarder ses parties intimes permet de se connaître, et de se libérer. Cette démarche d’écoute de soi peut aussi aider celles vivant avec certaines pathologies à mieux vivre la douleur chronique avec cannabidiol.
Les conseils de la sexologue pour (enfin) réussir à jouir
Pour réussir à jouir, l’experte propose des conseils précis. Le premier : s’explorer. « On ne peut pas avoir un rapport sexuel satisfaisant si on ne connaît pas soi-même. » Elle recommande de créer des moments personnels, malgré la charge mentale.
« Rien ne vaut un bon bain chaud, quelques bougies et un sextoy pour se détendre », confirme-t-elle. Elle invite aussi à investir dans un bon sextoy, à commencer par un stimulateur clitoridien. L’auto-exploration facilite aussi la communication en couple.
Pour amorcer la discussion, la spécialiste suggère de « laisser un sextoy en évidence » ou de « souligner des passages dans un magazine érotique ». « Les hommes aiment savoir que l’on a envie, que l’on se touche, que l’on veut explorer ». Et de conclure : « Et si ça ne marche pas, changez de partenaire ! »