On parle souvent de « cancer colorectal » comme d’une seule et même maladie. Pourtant, lorsqu’une tumeur touche la dernière partie du gros intestin, le rectum, les causes et les stratégies de prévention présentent des spécificités qu’il est crucial de comprendre. De l’âge à l’hérédité, en passant par nos habitudes de vie, décryptons ce que la science sait aujourd’hui des origines du cancer du rectum.
Cancer du rectum : une maladie distincte du cancer du côlon
Le terme « cancer colorectal » regroupe les tumeurs du côlon et celles du rectum. Cette simplification masque pourtant une réalité importante : le cancer du rectum possède des caractéristiques propres qui exigent une approche spécifique.
Sa position anatomique, juste avant l’anus, influence directement la manière dont la maladie se propage et les traitements possibles. L’âge reste un facteur déterminant, avec neuf cas sur dix se manifestant après 50 ans, un point commun avec le cancer du côlon. Cependant, les mécanismes d’apparition dans cette zone spécifique justifient une analyse détaillée de ses causes.
Les facteurs de risque sur lesquels on ne peut pas agir
Certains facteurs de risque sont intrinsèques à notre histoire personnelle ou à notre biologie. Les identifier est essentiel pour orienter le dépistage et la surveillance de chaque individu.
L’âge, premier facteur de risque
Le risque de développer un cancer du rectum augmente nettement après 50 ans, et peut même décupler après 70 ans. Ce phénomène s’explique par le vieillissement naturel des cellules et l’accumulation de mutations génétiques au fil du temps.
Les antécédents personnels et familiaux
Avoir déjà eu un cancer colorectal ou des polypes adénomateux augmente le risque de récidive. De même, un diagnostic de cancer du rectum chez un parent au premier degré (père, mère, frère, sœur) avant 65 ans doit alerter et conduire à une vigilance accrue.
Les prédispositions génétiques
Environ 5% des cancers du rectum sont liés à des mutations génétiques héréditaires. Deux syndromes principaux sont identifiés :
| Syndrome Génétique | Gènes Impliqués | Caractéristiques Principales | Risque de Cancer du Rectum |
|---|---|---|---|
| Syndrome de Lynch (HNPCC) | MLH1, MSH2, MSH6, PMS2 | Cancer colorectal souvent précoce (avant 50 ans), sans polypose étendue ; autres cancers associés. | Très élevé |
| Polypose Adénomateuse Familiale (PAF) | APC, MUTYH | Développement de centaines à milliers de polypes dès l’adolescence. | Quasiment 100% sans chirurgie préventive |
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI)
La rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn, lorsqu’elles évoluent depuis plus de dix ans, provoquent une inflammation chronique de la paroi intestinale. Cette inflammation peut engendrer des altérations cellulaires, favorisant l’apparition d’une tumeur.
Les facteurs de risque liés au mode de vie
De nombreux facteurs de risque du cancer du rectum sont directement liés à nos habitudes. Agir sur eux est une stratégie de prévention efficace et accessible.
L’alimentation, un levier central
Une consommation excessive de viandes rouges (plus de 500g par semaine) et de viandes transformées (charcuterie) est un facteur de risque bien établi. À l’inverse, une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes) a un effet protecteur.
Le surpoids, la sédentarité et l’alcool
Le surpoids (IMC > 25) et l’obésité (IMC > 30) augmentent significativement le risque. La sédentarité joue également un rôle négatif, alors que l’activité physique régulière est protectrice. La consommation d’alcool, même modérée, est aussi un facteur de risque prouvé, particulièrement chez l’homme.
Le tabagisme et autres facteurs
Le tabac, surtout s’il est consommé sur une longue période, est clairement associé à une augmentation du risque de cancer du rectum. Le diabète de type 2 est une autre condition qui fragilise face à ce type de cancer.
| Facteur Modifiable | Exposition à risque | Actions Préventives |
|---|---|---|
| Alimentation | Viande rouge/transformée > 500g/semaine, faible apport en fibres | Réduire la viande rouge/transformée, augmenter les fibres |
| Alcool | Consommation régulière, même modérée | Limiter ou éviter la consommation d’alcool |
| Surpoids / Obésité | IMC > 25, et surtout > 30 | Maintenir un poids santé (alimentation, activité physique) |
| Sédentarité | Manque d’activité physique régulière | Pratiquer au moins 30 min d’activité physique par jour |
| Tabagisme | Consommation active et/ou ancienne | Arrêter de fumer |
Comment se développe un cancer du rectum ?
La majorité des cancers du rectum (environ 90%) suivent un processus de développement connu : la séquence adénome-carcinome. Tout commence par une petite excroissance bénigne sur la paroi du rectum, appelée polype adénomateux. Sous l’influence de divers facteurs, ce polype peut muter et se transformer progressivement en tumeur maligne.
L’inflammation chronique, notamment dans le cadre de maladies comme la rectocolite hémorragique, accélère ce processus en favorisant les mutations cellulaires. De même, certaines substances contenues dans notre alimentation (comme les nitrates des charcuteries) peuvent directement endommager l’ADN des cellules rectales, initiant la transformation cancéreuse.
Prévention et dépistage : les clés pour agir tôt
Modifier ses habitudes de vie peut réduire de moitié l’incidence du cancer colorectal. La prévention active, combinée à un dépistage efficace, est la meilleure stratégie pour améliorer le pronostic.
Adopter un mode de vie protecteur
Les recommandations sont claires : pratiquer une activité physique régulière, privilégier une alimentation riche en fibres, limiter la viande rouge et la charcuterie, modérer sa consommation d’alcool et arrêter le tabac. L’association de ces bonnes habitudes renforce leur effet protecteur.
L’importance du dépistage systématique
Le dépistage permet de détecter des lésions avant même qu’elles ne deviennent cancéreuses. Pour la population générale, un test immunologique est proposé tous les deux ans entre 50 et 74 ans. Il vise à déceler la présence de sang invisible dans les selles, premier signe possible d’un polype.
En cas de risque élevé (antécédents familiaux, MICI…), une coloscopie est souvent recommandée à un rythme plus soutenu et dès un âge plus jeune. Cet examen permet non seulement de voir l’intérieur du rectum et du côlon, mais aussi de retirer immédiatement tout polype suspect.
Questions fréquentes
Quels aliments faut-il éviter pour réduire le risque de cancer du rectum ?
Il est conseillé de limiter la consommation de viande rouge à moins de 500 grammes par semaine et de réduire au maximum la charcuterie. Ces aliments sont riches en graisses saturées et en composés (nitrates) qui peuvent favoriser le développement de cellules cancéreuses dans le rectum.
Quel est le rôle du risque familial et quand faut-il consulter ?
Si des cas de cancer colorectal sont survenus chez des parents du premier degré (père, mère, frère, sœur), surtout avant 50 ans, une consultation médicale est recommandée. Le médecin évaluera l’intérêt d’un dépistage plus précoce ou de tests génétiques pour rechercher un syndrome de Lynch ou une PAF.
Les causes provoquent-elles des symptômes spécifiques ?
Non, les facteurs de risque ne provoquent pas de symptômes en eux-mêmes. Les symptômes (sang dans les selles, modification du transit, douleurs) apparaissent lorsque la maladie se développe. Cet article se concentre sur les causes en amont, mais la connaissance des symptômes est cruciale pour consulter sans tarder.
La compréhension des origines du cancer du rectum met en lumière une double réalité : une part de risque liée à notre âge et à notre héritage génétique, et une part significative sur laquelle nos choix quotidiens ont un impact direct. S’informer sur ses antécédents familiaux et adopter un mode de vie protecteur, en lien avec son médecin traitant, constituent les piliers d’une démarche de prévention active et personnalisée.