Perdre 15 kilos sans faire de sport ni régime strict ? C’est la promesse de deux médicaments révolutionnaires… mais pas sans risque.
Longtemps réservés aux patients atteints de diabète de type 2, le Wegovy (du laboratoire Novo Nordisk) et le Mounjaro (produit par Eli Lilly) font aujourd’hui la une. Stars d’Hollywood, influenceurs TikTok, cadres pressés ou patients en échec thérapeutique : tous les profils semblent séduits par ces nouveaux stylos injecteurs censés faire fondre les kilos. En France, le gouvernement souhaite désormais en faciliter la prescription, en autorisant les médecins généralistes à les prescrire. Une mesure qui divise le corps médical.
Une piqûre par semaine… pour maigrir ?
La molécule commune à ces traitements, le GLP-1, est un analogue d’une hormone intestinale qui joue sur deux leviers : la sécrétion d’insuline et la sensation de satiété. Résultat : moins d’appétit, moins de calories consommées, une perte de poids rapide et souvent spectaculaire.
“C’est un changement de paradigme. On agit directement sur le cerveau, pas sur l’estomac”, explique Fabrice Delaye, journaliste scientifique suisse et auteur du livre Ozempic, la révolution de l’obésité (éd. Odile Jacob).
Le Wegovy et le Mounjaro sont déjà vendus en France, mais leur prescription est strictement réservée aux spécialistes en endocrinologie ou nutrition. Or, ces praticiens se font rares. Entre 2 mois et un an d’attente, selon les régions.
Une cible bien définie : l’obésité sévère
Pas question, donc, d’imaginer un accès libre. Les autorités de santé restent formelles : ces médicaments s’adressent uniquement aux personnes avec un IMC supérieur à 35, pour qui les traitements classiques ont échoué.
Ces patients, considérés comme souffrant d’obésité morbide, présentent un risque accru de développer 18 maladies associées : diabète, hypertension, apnée du sommeil, cancers hormonodépendants…
Mais sur les réseaux sociaux, c’est un tout autre public qui s’en empare. Stars hollywoodiennes, mannequins ou anonymes partagent leurs résultats : jusqu’à 15 kg perdus en quelques semaines.
“Il ne faut pas confondre traitement médical et outil minceur esthétique”, alerte Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif National des Associations d’Obèses. “On parle ici de vies, pas de silhouettes”.
Des effets secondaires bien réels
Nausées, vomissements, constipation… les effets indésirables sont fréquents, surtout au début du traitement. Plus inquiétant : plusieurs études ont évoqué des cas de pancréatite, des risques cardiaques ou de troubles de la vésicule biliaire. D’autres signalent une perte de masse musculaire.
Et puis il y a le risque de reprise de poids à l’arrêt du traitement, car la molécule n’agit que tant qu’elle est injectée.
“Ces traitements doivent être encadrés médicalement sur le long terme, pas pris à la légère comme des coupe-faim des années 90”, rappelle un endocrinologue hospitalier en Île-de-France.
Combien ça coûte, et qui va payer ?
Actuellement non remboursés, le Wegovy et le Mounjaro coûtent environ 300 € par mois. Le gouvernement n’a pas encore tranché sur une éventuelle prise en charge, qui poserait des questions budgétaires : en France, plus d’un adulte sur deux est en surpoids ou obèse.
L’inauguration d’une extension de l’usine Novo Nordisk à Chartres, en présence des ministres Catherine Vautrin et Marc Ferracci, montre l’intérêt industriel autour de ces traitements. La filière française pourrait en profiter… mais à quel prix pour la Sécu ?
Ces médicaments sont-ils vraiment mieux que les autres méthodes ?
Voici un comparatif des méthodes actuelles pour traiter l’obésité :
| Traitement | Efficacité moyenne | Risques / Effets secondaires | Accessibilité | Durée |
|---|---|---|---|---|
| Régime alimentaire seul | Faible à moyen | Frustration, reprise de poids fréquente | Accessible à tous | Variable |
| Activité physique | Moyen | Faibles (blessures possibles) | Nécessite motivation | Long terme |
| Chirurgie bariatrique | Très élevé | Risques opératoires, carences | Accès limité | Définitif |
| Wegovy / Mounjaro | Élevé (jusqu’à -15%) | Nausées, troubles digestifs, reprise possible | Accès limité, coûteux | Long terme |
Alternatives connues aux médicaments anti-obésité
- Rééquilibrage alimentaire encadré par un diététicien
- Thérapies comportementales
- Suivi endocrinologique complet
- Chirurgie bariatrique (anneau, sleeve, bypass)
- Activité physique adaptée (APA)
Un espoir médical, un risque sociétal
Derrière la promesse minceur, les experts alertent sur le risque d’usage détourné de ces molécules, notamment chez les adolescents, les sportifs ou les influenceurs.
“Ce serait une catastrophe sanitaire si ces produits étaient utilisés sans encadrement, juste pour des raisons esthétiques”, prévient une responsable de l’ANSM.
La phase contradictoire avant l’élargissement de la prescription par les généralistes devrait s’achever fin juin 2025. D’ici là, le débat reste ouvert.